Avant les premiers randonneurs, la montagne appartient encore à la brume et aux pottok. Récit d'une ascension à l'heure où Sare dort encore.

Il faut se lever avant le jour. Quand Sare dort encore, que les volets sont clos et que la place du village n'appartient qu'aux chats, la Rhune, elle, est déjà réveillée — mais pour elle seule.

On monte dans la fraîcheur, à pied ou par le petit train à crémaillère qui grimpe lentement les flancs de la montagne. La brume traîne dans les combes, s'accroche aux fougères, se déchire par endroits sur un pan de ciel qui rosit. Plus haut, les pottok — ces petits chevaux semi-sauvages du Pays Basque — broutent sans un regard pour le promeneur, et quelques brebis manech leur tiennent compagnie. On n'entend que le vent et le bruit de ses propres pas.

Au sommet, sur la ligne de crête où se touchent la France et l'Espagne, la récompense est immense. D'un côté l'océan, encore gris ; de l'autre, les Pyrénées qui s'enchaînent jusqu'à se perdre. La lumière monte, la brume se lève, et pendant quelques minutes on éprouve cette sensation rare d'être seul au monde, tout en haut.

Puis on redescend, les jambes vives et la tête claire, vers le café qui fume et le pain frais. C'est peut-être cela, le vrai luxe d'un séjour ici : non pas cocher un sommet, mais offrir à sa journée un commencement que personne d'autre n'aura vu.

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